Mon séjour est arrivé à terme. Je l'ai assez vu en cours comme ça : il faut toujours finir par un debrief', un contrôle, du monitoring, etc. Sans recul, je peux déjà dire que ces quatre mois sont passés très vite. Si je rajoute le mois d'août, passé en Espagne et un peu en Suisse, je ne me suis pas retrouvé chez moi depuis fin juillet. C'est comme si c'était hier. Mais j'ai retrouvé un appart un peu modifié, une chaudière marchant à plein régime, des nouveaux voisins, une banque en rez-de-chaussée.

 

Je ne me sens pas bien car je suis encore une fois un étranger. J'étais un étranger à Toronto, je reviens à Paris et me voilà encore perdu. Oh oui les habitudes vont revenir. Le métro, le Monop', la TV (purée j'ai pas allumé un poste depuis août), la fac, blabla.

 

Je n'arrive pas à parler de mes derniers quatre mois. Si je ne suis pas capable de synthétiser tout ça dans ma tête, comment pourrais-je donner quelques idées de ce que j'ai vécu aux gens qui me posent des questions, questions pour la forme de toute façon. On s'en fout un peu que je sois parti, c'est un peu normal après tout, et comme je n'ai même pas l'esprit du détail je me retrouve comme un con avec rien du tout à raconter. Je garde pour moi ces impressions qui me travaillent. Ces images qui me font de l'effet sans que je ne parvienne à les définir. J'ai eu des moments extraordinaires, mais aussi des périodes de gros doutes, d'énervement, de lassitude, de haine. Je me souviens aussi avoir craqué une fois dans les bras de Gwen. Tout ça conforte tout de même un putain de cafard. Mais bordel, pourquoi avoir le cafard si je suis content d'être de retour ? Le cafard, ce n'est peut-être qu'un malaise, un sentiment d'inadaptation. Les gens que j'ai pu croiser depuis Roissy me paraissent étrangers. Je débarque dans leur quotidien. Eh oui, la vie a doucement suivi son cours ici. Et je me retrouve à la ramasse, à l'ouest, à côté de la plaque, en bref je laggue.

 

L'objectif était de progresser en anglais. Oui j'ai progressé, c'est bon. Pas autant que je ne l'espérais. Je ne suis pas bilingue bien-sûr, même pas « fluent ». Je me suis juste un peu éloigné du « niveau scolaire » pour désormais comprendre une conversation, et me faire comprendre sur des trucs pas trop durs. Second défi : s'éloigner géographiquement pour prendre du recul. Ma vie est passée du coq à l'âne plusieurs fois ces cinq dernières années. Stop, temps mort, réflexion. J'ai avancé sur certaines questions, j'ai reculé sur d'autres. Je reviens encore plus pessimiste qu'avant, je fais de moins en moins confiance. Envie de limiter les dégâts, envie de jouer un rôle important aussi. Si c'est pour crever tout seul, en ayant été trahi, regardé de travers et abandonné des centaines de fois, autant en pro-fi-ter et en faire profiter aux gens qui m'apporte(ront) quelque-chose de bien, consciemment ou non.

 

Ma solitude m'a également beaucoup travaillé, car en rajoutant quatre mois au compteur, j'en suis à 28 mois de « vrai » célibat. Je mets de côté les amuse-bouches et les histoires qui se sont arrêtés un peu trop vite (seulement le cas de Raphaël en fait). Je reviens donc dans l'espoir mais surtout l'envie de construire quelque chose de beau. Je suis prêt pour cela, histoire sentimentale n'est plus synonyme de danger pour soi. Heureux d'en avoir fini avec cela, satisfait de sentir une évolution. Après une histoire marquante, il me faut toujours de très longs mois pour me reconstruire, c'est fou… Mais là, en cette fin 2004, je ne sais pas pourquoi, mmmmm, je sens que ça change. On croise les pitis doigts.

 

Pendant mon séjour, j'ai aussi pris des kilos. Je vais tout faire pour les reperdre, je vais tout faire pour me remettre au sport le plus vite possible. Je m'en veux d'avoir cassé un cercle vertueux qui m'encourageait à prendre soin de moi. Je me sens mal dans ma peau, ça faisait un an que je n'avais pas vécu ça.

Beaucoup de choses m'attendent dans les prochains jours et les prochains mois. Ma fac m'attend au tournant plus que jamais. Les exams, les stages, les cours intensifs, faire ses preuves, concourir, remplir des dossiers, rendre rapports et mémoires, je vais en baver plus que jamais pendant encore (et je l'espère !) deux ans et demi. Je ne regrette en rien mes choix. Je suis content d'avoir déjà bossé trois ans. Je suis fier d'avoir repris mes études. C'est dur. La motivation n'est pas toujours au rendez-vous. Mais il le faut. Pour tout ce que je vise, pour trouver le seul équilibre qui, au jour d'aujourd'hui, me rendra heureux. A force d'être déçu et de tout prendre à cœur, on en arrive à ne plus être touché. Que cela me serve au moins pour avancer, même si certains plaisirs n'ont plus la même saveur. Cela s'appelle la raison. Ou la vieillesse ? Ah il faut que je cultive les belles choses. Je veux découvrir, comprendre, être ému. Quand je suis ému, le temps s'arrête. Le temps qui passe, les événements qui se défilent, les moments hors du temps… Cela n'aura jamais quitté mon petit blog.

 

J'ai commencé à raconter des trucs le 15 août 2002. Je venais de rompre. Je voulais partager ma « reconstruction sentimentale ». 28 mois plus tard, je suis encore seul mais je ne me reconnais plus. Je trouvais ça rigolo, un blog. Il y en avait encore très peu si je me souviens bien. J'ai bien cru un moment que j'allais être touché par le mauvais côté de la « blogosphère », ne jurer que par les statistiques de clics, et tout remettre en question chaque matin parce que c'est trop dur blabla d'être connu et de continuer à écrire sous la dictature du public blabla. Je ne suis que très rarement franc sur mon blog, sauf que j'en ai conscience depuis le premier paragraphe. Le principal étant que je sache me relire… Je crois que j'ai tenu bon jusque là afin de ne pas recommencer les mêmes erreurs, celles que j'ai pu faire à l'époque de l'ancêtre de tout ça, l'IRC. Certains mélanges sont à éviter. Je constate que j'écris finalement à mon rythme et avant tout dans l'optique de cette fameuse relecture…

 

Je n'aurais jamais cru que j'écrirais encore aujourd'hui, à quelques jours de 2005. Je me suis pris au jeu, ça défoule, ça permet de synthétiser difficultés et bonheurs, de se mettre en valeur, de garder une trace de ces moments qui nous construisent. J'ai beaucoup vécu sur mes souvenirs, mes repères bien ancrés. Il est agréable de savoir que je peux relire de brefs passages de mes deux dernières années à tout moment… Un peu comme ces centaines de photos que je gardais dans mes jolis dossiers jaunes. Ces jolis fichiers, archivés avec soin, qui se sont « scratchés » en avril dernier. Et mes brefs passages que je viens d'évoquer ont bien failli disparaître de la même manière cet été. Quand mon coloc m'a dit que la base de données était revenu de très loin, je me suis senti mal. Tout cela ne tient à rien. Mon passé n'a pas tenu à grand chose non plus et son souvenir n'est pas aussi puissant que ça. Après cette petite retraite outre-Atlantique, certaines choses vont naturellement bouger. Je voudrais réduire ces contrastes qui sont en moi entre passé, présent et futur. Cela est désormais à ma portée. Je voudrais sauter sans filet, me cogner et me faire mal sans trop le dire, suivre un chemin terriblement long, escarpé et sinueux mais infiniment plus excitant. Et surtout sans fil d'Ariane. Les gens qui comprennent sauront me retrouver : au détour d'un virage, on s'est déjà croisé ou on se croisera.  FIN (= apu blog)

 


bye-bye Toronto et mon blog. re-coucou mon appart et what about my future ?