Certains pensent que je ne fais que me plaindre. Donc certains ne supportent pas que je mette des mots sur du malaise. Je ne pense pas me plaindre en disant par exemple que ce soir j'ai pas la pêche, que je suis parti précipitamment de la soirée au Milwauky's sur Adelaïde Street. J'avais oublié mon ID, j'aurais sûrement préféré que le videur me jette d'entrée de jeu. Cette ambiance bar-se saoûler à la bière-hip hop music, je ne peux plus la supporter. C'est ainsi. Voir les garçons trouver du plaisir dans ce genre d'ambiance, c'est décevant. Voir les filles s'appréter pour sortir là, c'est ridicule. Ryerson en haut, U of T en bas, musique de station de radio de banlieue qui sature mes oreilles, la queue pour boire d'un trou une Blue ou un Breezer trop sucré, cette décoration que l'on retrouve partout, du bois sur les murs, au sol, au plafond, des fagnons Molson, des matches de foot sur les écrans... Partir m'évite justement de me plaindre. La plupart du temps je pars virtuellement, dans ma tête. J'en arrive juste à un point où je ne peux plus me forcer. Alors je me retrouve un peu seul. J'ai parcouru ces rues propres qui séparent les plus hauts buildings du downtown. Pas une personne ne m'a abordé, ce soir. Mon visage devait être fermé, aucune possibilité de me tirer un loony ou une Marlboro importée de New-York (mon petit trésor). Les écrans passent des pubs pour les trottoirs vides, les décorations de Noël scintillent déjà sur une place qui n'a aucune justification historique. J'ai failli m'arrêter chez HMV pour claquer ma tune dans des DVD's. Tellement facile. Puis je suis remonté dans ma chambre, ma bulle, qui ne parvient pas à m'isoler des cris. Je suis de plus en plus asocial et nostalgique de mon premier mois magique et insousciant. J'ai croisé Sarah dans la rue tout à l'heure. Oui on ne s'est pas vu depuis longtemps. Si tu savais que je garde d'excellents souvenirs de ces premières soirées, encore estivales, quand on n'avait pas tous ces devoirs, quand on avait plus de sous aussi. Oui il faut qu'on s'organise un truc. Si tu savais que dans ma tête, je me dis qu'il s'agira d'une tentative pour renouer avec tout ça. Et qu'il ne faudra pas la gâcher. C'est important. Je veux que mon dernier mois reprenne la saveur du premier. Je veux me plaindre comme un gamin, le jour de mon départ.